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Critique de L'Appel du Lion par Maestitia

Publié le Vendredi 6 février 2026

Le capitaine quitta la pièce en lançant un regard inquiet à Belath lorsqu’il le croisa.

— Je ne peux consentir à cette décision, dit Belath dès que la porte se fut refermée en sifflant. Il leva une main impérieuse avant qu’Astelan n’ait pu répondre. Il est clair que nous n’arriverons pas à un accord sur ce point. Nous devons demander l’avis du primarque pour qu’il nous guide et nous aide à comprendre ses ordres.

Astelan rit d’un rire sans joie.

— Nous sommes des commandants de chapitre des Dark Angels, dit-il d’un air dédaigneux. Nous ne pouvons pas courir vers le Lion ou l’Empereur à chaque fois que nous rencontrons une difficulté. Nous sommes les leaders d’une légion Astartes. Nous devons agir, pas atermoyer. Si vous voulez aller pleurer à Caliban, vous pouvez partir. Je reste, et je vais contacter le conseil.

— Ceci est une guerre de reconquête, cracha Belath. Ce que nous bâtissons est plus important que la vie de quelques hommes, plus grand que le sacrifice de milliers, de millions même. Vous êtes faible, et je me demande ce que le Lion pensera de votre manque de courage.

Avec un cri inarticulé, Astelan saisit Belath par les bords de son plastron et le poussa violemment contre le mur dont le plastobéton craqua sous l’impact.

— Votre manque de respect ne sera pas toléré, grinça Astelan.

— Ni le vôtre, répliqua Belath avec calme, et ses yeux d’un bleu intense le transpercèrent.

— J’ai combattu pour l’Empereur et il m’a choisi pour être la pointe de sa lance, dit Astelan d’un ton bas et mesuré. Mon chapitre s’est battu sur des douzaines de mondes contre des adversaires dont vous n’avez même pas connaissance. Nous avons mérité des honneurs de batailles qui nous ont été remis par l’Empereur de l’humanité, et j’ai gagné son respect et ses félicitations.

— J’ai moi aussi gagné mes lauriers, répondit Belath sans signe d’énervement. J’ai été le premier de mon ordre à être choisi par les Astartes, puis le premier à devenir commandant de chapitre. J’ai été élevé dans des traditions plus anciennes que votre légion, Terran. Plusieurs générations de mes ancêtres ont combattu pour l’ordre de la Ravenwing, et leur sang coule dans mes veines. Vous pouvez regarder avec dédain l’héritage de Caliban, mais c’est votre monde désormais. C’est le monde du Lion, et ses traditions seront les traditions des Dark Angels. C’est à son jugement que je me fie pour connaître ma valeur, pas au vôtre.

Astelan relâcha sa prise et poussa un soupir.

— Je ne dis pas ces choses pour insulter votre héritage ou vous menacer, mais pour vous prévenir, dit le commandant de chapitre avec calme. Soyez prêt à la bataille, mais ne vous y précipitez pas sans raison. Vous ne condamneriez pas que les vies de ceux en dessous, mais aussi celles des nôtres. Vos frères de bataille feront couler leur sang pour cette cause, certains laisseront leur vie sur cet autel pour vous. Ne leur devez-vous pas de vous assurer que ce que vous décidez est juste et inévitable ?

Belath tourna les talons et se dirigea vers la porte. Il s’arrêta juste avant et pivota.

— C’est votre erreur qui a provoqué cette situation, déclara-t-il. Je ne peux vous le pardonner, mais je vais vous laisser une chance de vous racheter. Vous êtes le plus ancien et il ne sera pas dit que j’ai abandonné un frère de bataille.

Sur ces mots, il ouvrit la porte et partit à grands pas, laissant Astelan plongé dans de sombres pensées.

L’Appel du Lion de Gav Thorpe est une nouvelle qui avait tout pour être intéressante sur le papier : tensions internes aux Dark Angels, opposition Terriens / Calibanites, duplicité latente de Lion El’Jonson, et mise en scène d’un désaccord stratégique profond sur la manière de mener la Grande Croisade. Le problème, c’est que l’exécution est laborieuse, et parfois franchement pénible.

Le style de Gav Thorpe est ici d’une sécheresse extrême. Tout est décrit, absolument tout, mais sans relief. Les émotions sont énoncées, les actions détaillées, les lieux expliqués, comme si le texte suivait un cahier des charges plutôt qu’une intention narrative. Il n’y a aucun souffle, aucune tension dramatique construite. La lecture devient vite mécanique, et l’on avance plus par persévérance que par intérêt réel. À plusieurs reprises, on a l’impression de lire un rapport de mission étiré artificiellement.

La narration souffre aussi d’un sérieux problème de rythme. Les scènes s’enchaînent sans montée en puissance, les décisions tombent à plat, et même les moments censés être critiques (la prise d’otages, l’intervention des Terminators, l’Exterminatus déguisé) manquent cruellement d’impact. Tout arrive comme prévu, sans surprise, sans émotion, sans véritable enjeu ressenti par le lecteur.

Le personnage de Merir Astelan est le plus gros point faible du récit. Il est censé incarner une vision plus mesurée, plus diplomatique de l’Imperium, mais cette posture est présentée non comme une alternative crédible, mais comme une faiblesse presque pathologique. Astelan subit les événements plus qu’il ne les influence. Il est constamment débordé, contredit, manipulé, et finit réduit au rôle de victime indignée. Il n’a ni l’autorité, ni la profondeur, ni même la complexité morale nécessaire pour rendre sa position intéressante. En voulant défendre la voie de la négociation, le texte le ridiculise, et par extension ridiculise les Dark Angels terriens qu’il est censé représenter.

À l’inverse, Belath est un personnage bien plus cohérent, malgré son temps de parole limité. Son pragmatisme brutal, son mépris pour les institutions humaines de Byzanthis et sa vision conquérante s’inscrivent parfaitement dans ce que l’on attend d’un Dark Angel calibanite. Le problème, c’est que le déséquilibre d’écriture est tel que le lecteur est presque naturellement poussé à lui donner raison, non pas par conviction morale, mais parce qu’il est le seul à sembler agir avec efficacité et clarté.

Les dialogues, lorsqu’ils existent, sont pauvres et fonctionnels. Ils servent uniquement à transmettre de l’information ou à marquer une opposition de principe, sans jamais créer de vraie dynamique entre les personnages. Cela nuit énormément à l’immersion, surtout dans une histoire qui repose précisément sur un conflit idéologique et culturel interne à la Légion.

Oui, la nouvelle expose les fractures internes des Dark Angels. Oui, elle tente de préparer le terrain à la duplicité du Lion et aux futures tragédies de la Légion. Mais elle le fait sans finesse, sans incarnation forte, et sans jamais donner au lecteur l’impression d’assister à autre chose qu’à une démonstration maladroite. Si l’objectif était de montrer que le Lion laisse volontairement ses fils s’entre-déchirer idéologiquement, le résultat est raté, car le récit échoue à rendre ces positions également légitimes ou tragiques.

Les plus

  • Mise en avant du clivage Terriens / Calibanites.
  • Belath, personnage cohérent et crédible.

Les moins

  • Style plat et sans personnalité.
  • Astelan mal écrit et décrédibilisé.
  • Dialogues pauvres et artificiels.
  • Absence de tension dramatique.
1.5/5

L’Appel du Lion est une nouvelle théoriquement importante mais narrativement faible. Elle voulait explorer les fractures internes des Dark Angels et la duplicité de leur Primarque ; elle n’offre qu’un récit fade, déséquilibré et sans âme. Une lecture dispensable, même pour les amateurs de la Première Légion.