Critique de Héritiers de l'Empereur par Maestitia
Publié le Vendredi 4 septembre 2026 | 10 révisions avant publication | 1 correction après publicationLes flammes plasmatiques à l’intérieur du panier de fer qui surplombait son bâton crépitèrent férocement.
— Encore un mensonge ? répliqua Dorn en fixant les portes jumelles comme s’il pouvait voir au travers par un simple effort de volonté. Une demi-vérité, tout au mieux ?
Que trouverait-il à l’intérieur de ces chambres s’il y pénétrait ? Quelles réponses recevrait-il, quels conseils précieux glanerait-il ? D’aucuns affirmaient que les tragédies des Primarques perdus étaient annonciatrices du schisme auquel l’Imperium était aujourd’hui confronté. Était-ce possible ?
— Je ne t’ai jamais menti, insista Malcador. Je t’ai caché certaines choses, certes. J’ai détourné ton attention, parfois. Mais il y a toujours eu de la vérité dans notre relation. Que tu me croies ou non, sache ceci : de tous tes frères, Rogal, tu es celui que j’admire le plus.
— Cesse tes flatteries, rétorqua sèchement Dorn. Je n’en ai cure. Je veux des réponses, vieil homme ! Tu as congédié Massak, nous sommes entre nous maintenant. Parle !
— Ce lieu est dissimulé pour de bonnes raisons. L’héritage des Primarques perdus renferme trop de doutes, trop de vérités crues qui ne feraient que déstabiliser davantage notre précieux Imperium. Le moment est mal choisi pour détricoter cet écheveau, Fils d’Inwit !
— Quand ce moment sera-t-il venu, alors ? demanda Dorn. Et s’il y avait une réponse, derrière ces portes ? Un moyen de…
— Un moyen de mettre fin à la guerre ? l’interrompit Malcador en secouant la tête. Ce sont là les mots d’un homme habité par une folle espérance ! Je te le dis tout net, il n’y a que de la peine derrière ces barrières, fit-il avant de soupirer. Peut-être qu’une fois l’équilibre rétabli, quand Horus aura répondu de ses actes, peut-être alors pourrons-nous nous poser ces questions. Mais pas avant !
— Je les connaissais, dit Dorn en faisant un autre pas vers les portes.
Il chercha en lui les souvenirs profondément enfouis concernant ses deux frères perdus. Rares étaient les Primarques à pouvoir affirmer avoir partagé le même air que les fils perdus, mais Dorn était de ceux-là. Il les avait côtoyés, bien que brièvement.
— T’es-tu déjà demandé pourquoi personne ne parle d’eux ? demanda le Sigillite. Bien sûr, il y a cet interdit qui pèse sur tous ceux qui connaissent les frères perdus, et ne doivent jamais évoquer ouvertement leur existence. Cependant, en l’absence de faits tangibles, tout le monde se met à spéculer. Mais pas vous, les fils de l’Empereur. Les Primarques ne parlent jamais de leurs frères disparus, à part de manière extrêmement vague. Est-ce que tu t’es déjà demandé pourquoi ?
Cantique — David Guymer
Ferrus Manus avant qu’il ne soit Ferrus Manus, voilà un sujet qui aurait pu être sensationel. L’auteur nous livre ici un Primarque sans nom, désigné simplement Chair, errant sur un monde hostile peuplé de zombies cybernétiques et de machines charognards. Les détails sont savoureux : ce jeune colosse qui est capable de digérer du sable et de la ferraille pour survivre, qui forge son armure avec ce qu’il trouve, qui démantèle instinctivement des systèmes complexes comme si son esprit avait été conçu pour ça. Ce sont ces petites touches qui donnent de la chair, justement, au futur seigneur des Iron Hands.
Cependant, la nouvelle passe systématiquement à côté de ce qui aurait pu être vraiment palpitant. Le grand ver d’argent Asirnoth, la créature légendaire dont la mise à mort donnera son nom définitif au Primarque, n’est qu’une promesse lointaine et frustrante… À la place, on enchaîne les affrontements contre des zombies-cyborgs qui, bien qu’efficacement écrits, finissent par se ressembler. L’action est propre, le rythme correct, mais on reste en surface d’un personnage qui méritait bien mieux que ce hors-d’œuvre.
Le Verdict de la Faux — David Annandale
Mortarion et Annandale, voilà un mariage qui ne prend pas vraiment. Le Seigneur de la Mort est peut-être trop grand, trop emblématique pour la plume de cet auteur qui excelle dans les ambiances horrifiques plus intimes. Et pourtant, la Death Guard se prête naturellement à ce registre, avec ce désespoir insidieux qui ronge la légion de l’intérieur. Sans compter que la haine viscérale du Primarque envers les psykers est précisément ce qui causera sa chute ultime, ce qui aurait pu nourrir un récit d’une amertume au relent de tragédie.
La nouvelle nous place sur Absyrtus, monde gouverné par des sorciers, contre lequel la Death Guard déploie toute sa puissance dévastatrice, jusqu’à la capitulation sans conditions de la reine locale. Mortarion erre alors dans les rues en fête, incapable de savourer cette paix trop propre pour lui. C’est dans les bas-fonds, face à une vieille femme au sourire sardonique accomplissant son rituel avec une insolence tranquille, qu’Annandale réveille enfin le lecteur. Une scène grotesque et efficace, malheureusement isolée. Pour le reste, le lecteur averti n’apprendra rien, et le verdict final de la faux manque cruellement de profondeur.
Un Jeu de Contraires — Guy Haley
Xyroklès, Maître de forge Iron Warriors au caractère de cochon, se voit confronté à la destruction systématique des chantiers d’artillerie sur Epsilon-Garmon.
En effet, Il y a plusieurs sites similaires un peu partout le long de la chaîne de montagnes équatoriale de la planète, ce qui permet aux batteries laser de cibler les vaisseaux arrivant par le point de Mandeville. Epsilon-Garmon est une petite étoile orange. Son système est minuscule et n’a que peu de valeur stratégique, mais les Iron Warriors, et de toute évidence les White Scars, pensent que la Légion du Seigneur Guilliman pourrait passer par-là.
Xyroklès est un subtil et pense suffisamment connaître les fils de l’Ordu et leur doctrine pour leur tendre un piège. Confiant dans ses capacités, il met au point une stratégie peu familière aux fils de la IVème, planifiant d’attirer dans une embuscade les White Scars, jouant habillement entre appât et véritable sacrifice de ses propres troupes.
Cependant, le Khan est présent sur Epsilon-Garmon et la stratégie, bien que pertinente, ne suffira pas à vaincre le génie de Jagathaï.
J’ai aimé de beaucoup, l’audace de ce Maître de forge et je me suis même pris à croire en sa victoire. Mais il est difficile (interdit?) d’offrir la victoire aux traîtres lorsque se sont les fils du Khan qui sont en face.
J’ai adoré la courte scène d’action. Pris au piège dans le canyon, les White Scars se retrouvent réellement surpris et en en défaut le temps de l’embuscade millimétrée. Pourtant, c’est la réflexion ainsi que l’élaboration du plan de Xyroklès qui m’a le plus plu. Haley parvient à nous à nous convaincre et ce qui aurait pu être une tirade ennuyeuse devient une discussion bien rythmée entre Iron Warrior.
Il faudra donc attendre la troisième nouvelle du recueil pour se sentir quelque peu transporté. Bien que la trame ne soit pas des plus innovatrice, force est de constater que Haley parvient à nous raconter une histoire bien ficelée mettant en scène efficacement les acteurs des légions IV et V.
De Meilleurs Anges — Ian St. Martin
Cette histoire centrée sur seulement deux Blood Angels met en scène Jehoël et Sanguinius dans l’exercice délicat de l’art.
Qu’est-ce que l’art ? Comment créer une œuvre en tant que telle ? Que représente-t-elle pour la personne qui l’admire ? Ce n’est pas le sujet du bac de philosophie de cette année, mais une nouvelle qui tente de nous parler d’émotions dans un univers dépourvu de toute sensibilité apparente.
J’aime le défi que Ian St. Martin s’est donné. Cela démontre une certaine forme de revendication que de vouloir narrer ce qui pourrait apparaître comme superficiel, voire inutile aux yeux de certains lecteurs de la Black Library.
Car avec cette nouvelle, il ne s’agit pas simplement de l’art et de la place prédominante qu’il occupe au sein de la IXe Légion, mais de la façon dont l’instinct et le besoin de créer chez les Blood Angels traversent les âges, notamment après la trahison du Maître de Guerre. Maître de Guerre Horus Lupercal, qui, rappelons-le, était le plus proche ami et frère de Sanguinius.
Le récit prend place uniquement dans l’atelier de verrerie où Jehoël perfectionne son art. Mais il n’est jamais seul. En effet, le Primarque a imposé à son fils sa présence à chaque séance de création artistique.
L’auteur va donc nous enfermer dans ce huis clos très intime entre père et fils. Les échanges entre le fils qui craint de décevoir et le père qui cache la véritable intention de ces séances privées vont être peu à peu déroulés au fil des années. D’abord au cœur du Red Tear, puis à bord du Covenant of Baal après l’incident de Signus Prime.
Vous l’avez deviné : rien de nouveau sous le soleil. À un détail près : l’humanité exceptionnelle de Sanguinius et de son fils. Alors, je sais, certains diront que c’est un cliché et que le déjà-vu a mauvais goût. Malgré tout, j’ai su compatir avec Jehoël et ses incertitudes, mais aussi avec l’Ange et ses fardeaux, car l’Empereur sait qu’ils sont nombreux.
Toujours est-il que j’ai passé un bon moment, bien que mélancolique, en la compagnie de spécimens tout aussi puissants que vulnérables, de véritables poètes guerriers à fleur de peau.
La Vérité Du Conquérant — Gav Thorpe
Une commémoratrice et imagiste de la 382e flotte expéditionnaire désire voir la guerre de ses propres yeux. C’est la VIIIe Légion qui exaucera son souhait. Quelle surprise venant de la part des Night Lords, et plus particulièrement du Primarque lui-même.
En effet, Konrad Curze veut que la commémoratrice enregistre tous les événements de la guerre et de la soumission, aussi violente que terrifiante, qu’imposent les fils de Nostramo aux adversaires de l’Imperium.
Difficile pour moi de ne pas comparer cette nouvelle avec Sur le Fil de l’Abîme d’A.D.B., publiée dans le précédent recueil. On suivait aussi les traces d’un simple mortel en quête de justice et de vérité. La comparaison s’arrête là, car Gav Thorpe ne boxe pas dans la même catégorie qu’Aaron. En réalité, Gav possède un style plutôt moyen, avec une narration assez lente qui n’interpelle que très rarement le lecteur. Là où Aaron peut facilement distiller la peur et l’angoisse en se servant des Night Lords, via des dialogues choquants ou des silences anxiogènes, Thorpe va plutôt user le lecteur avec des descriptions lentes et explicites.
Je n’ai pas passé un mauvais moment pour autant. Disons qu’elle est du même niveau que les deux premières nouvelles du recueil : vite oubliée.
Le Nerf de la Guerre — Darius Hink
Peu de choses à dire sur cette nouvelle et, paradoxalement, j’ai le sentiment qu’il y avait matière à faire quelque chose d’unique et de grandiose, à l’image de Roboute.
Le Nerf de la Guerre nous relate non pas un, mais deux événements ô combien cruciaux et fondateurs pour Guilliman au sein de l’Empire d’Ultramar, alors qu’il n’était qu’un adolescent.
Enfin du nouveau au sujet de la jeunesse du Primarque le plus célèbre et le plus populaire de Warhammer.
Macragge est en feu : des hommes qui étaient fidèles à Libanus, Gallan et Palatinus massacrent et brûlent la cité. Ils ont été soudoyés. Soudoyés ! Ils tuent pour quelques pièces. Comment en sommes-nous arrivés là ? Ils ont déclenché des incendies tout le long de l’Arche de Proana. Ils se battent aux portes du Senatorum, devant la Maison Consulaire.
Roboute vient tout juste d’atterrir sur la planète et prend connaissance de la gravité de la situation. Pire : il a perdu le contact avec son père, Konor Guilliman.
Voilà un point de départ fort et engageant pour le lectorat, d’autant plus que nous assistons à différentes scènes où la logique et la mansuétude légendaires du Primarque laissent place à une violence particulièrement surprenante et jouissive contre les rebelles de cette guerre civile. C’est compréhensible : la vie de son père est en danger, et bien que ce jeune Roboute parvienne à maîtriser sa colère, l’auteur nous fait ressentir l’état contradictoire du personnage dans la lutte intérieure pour garder la tête froide alors qu’il s’apprête à perdre l’être le plus important de sa vie.
Bien que la fin soit un peu clichée, j’ai accepté le récit dans son ensemble grâce à la qualité narrative, en pardonnant le temps limité qu’offre le format de la nouvelle.
C’est exactement le genre d’histoire et de thème que j’aurais adoré lire dans le tome dédié à Roboute Guilliman.
La Chambre à la fin des Souvenirs — James Swallow
Très peu de choses à dire sur cette nouvelle, mais je vais faire de mon mieux.
Rogal Dorn est en pleine fortification du palais de l’Empereur en prévision de la venue imminente du traître Horus Lupercal et de ses flottes.
James Swallow parvient bien à nous plonger dans le contexte extrêmement complexe dans lequel se trouve actuellement Terra et plus particulièrement le palais impérial : les arts et les concepts architecturaux du palais et de ses structures sont démolis en faveur du fonctionnel et afin de résister au mieux au futur envahisseur. Les données sont omniprésentes à l’esprit du Primarque et le moindre retard ou décalage peut potentiellement devenir une faille dans la forteresse ; chaque placement de pierre est millimétré, il en va de même pour le transport des rations, les délais de livraison, etc.
Mais c’est dans un minaret de dépôt, près du centre du Bastion Indomitor, que l’auteur veut nous emmener. En effet, une explosion psionique vient de foudroyer la tour et une présence maléfique est ressentie par Dorn au moment de son inspection préliminaire.
La pleine puissance de cette présence se manifeste au niveau des portes. Le linteau de bronze de celle de droite arborait le chiffre II, écrit à la manière antique. Celle de gauche était identique, mais le linteau en acier affichait le chiffre XI.
Pas la peine d’en dire plus. Les passionnés auront reconnu les deux Légions détruites dont on ne sait absolument rien. Eh bien, cette nouvelle va enfin,… non, je plaisante : le lectorat restera aussi ignorant en fin de nouvelle qu’à son commencement.
Classique, diront les vétérans, il n’empêche que l’on se laisse facilement prendre par le dialogue tendu entre Rogal Dorn et Malcador. Certes, l’auteur ne laisse planer que des sous-entendus, mais la narration est convaincante.
Première Légion — Chris Wraight
Alors là, on ne peut que s’incliner devant la plume de Chris Wraight. Non, ce n’est pas du Abnett, mais le style d’écriture de Wraight est clairement dans le top 3 des meilleurs auteurs de la Black Library. L’histoire, en revanche , meh… Pas mauvaise en soi, elle aurait mérité un peu plus de profondeur.
Contexte : le Lion et la première Légion des Dark Angels saignent abondamment contre une espèce xéno particulièrement coriace, les Rangdans. Lorsque soudain apparaît sur les radars de la flotte un vaisseau impérial non identifié, sans aucun blason ni signe d’appartenance, excepté le fait qu’il soit de facture martienne et Astartes.
Je ne vais pas en dire plus, car la nouvelle se lit très vite, mais apporte quelques notions qui ont le mérite d’exister. Le récit est divisé en deux fils narratifs qui se répondent mutuellement et font du thème abordé une étape importante dans le lore du Primarque de la Ière, mais pas seulement.
Bien que je reste un peu sur ma faim, j’ai apprécié le ton du texte et l’incarnation cohérente de Lion El’Jonson, maître des secrets qui se confrontera à d’autres adeptes de la duperie…
Les plus
- Recueil équilibré en termes de qualité.
- Pas de surexploitation de clichés concernant les Primarques.
- Recueil divertissant.
Les moins
- Aucune nouvelle remarquable.
- Les 2 premières nouvelles passables.
- La première nouvelle avec Ferrus , plus décevante que mauvaise.
Au final, Héritiers de l'Empereur est un meilleur recueil que son prédécesseur. Non pas en termes de qualité, mais d'équilibre. Les nouvelles sont divertissantes sans être mémorables. On passe cependant un bon moment.