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Critique de Vulkan est Vivant par Maestitia

Publié le Samedi 30 novembre 2013 | 6 corrections après publication

— J’ai le sang de Ska sur les mains, » lui murmura Leodrakk au visage ; mais il recula. « Littéralement, frère. »

Face au chagrin de l’autre, Numeon se radoucit. Il lui posa la main sur l’épaulière, comme Pergellen l’avait fait pour lui.

— Je sais, Leo. J’étais là. »

Numeon baissa les yeux vers le gantelet gauche et le canon d’avant-bras de Leodrakk. Le sang de Skatar’var les tachait toujours.

— Alors dites-moi pourquoi nous nous battons, si ça n’est pas pour la revanche.

— Nous nous battons dans un but plus grand.

— Quel but ? Tuer un prêtre, et puis ensuite ?

— Non, pas seulement. Je parle de la XVIIIe, de la légion.

— Il n’y a plus de légion, Artellus. » Leodrakk désigna d’un geste agité ceux qui se trouvaient derrière lui. « Nous sommes tout ce qui reste. »

Numeon vit la colère et le doute dans les yeux de Leodrakk. Les siens avaient exprimé le même sentiment, bien des fois depuis qu’ils en avaient réchappé. Mais il s’y trouvait autre chose désormais. De l’espoir.

— Vulkan est vivant, » dit Numeon.

En soupirant d’un air désabusé, Leodrakk secoua la tête. Un petit rire sans joie passa ses lèvres.

— Encore… Il est mort, Numeon. Il est mort sur Isstvan comme Ferrus Manus. Vulkan est mort. »

La certitude plissa les yeux de Numeon.

— Il est vivant.

— Comment pouvez-vous savoir ?

— Je le ressens, » dit Numeon, en tapant de deux doigts contre son sein gauche. « Ici.

Vingt-sixième tome de la saga de l’Hérésie d’Horus, Vulkan est Vivant de Nick Kyme s’attaque à un sujet porteur : le sort du Primarch des Salamanders, disparu depuis le massacre d’Isstvan V, désormais prisonnier de Konrad Curze, le Night Haunter. Le pitch est solide, la promesse alléchante. Et le roman, soyons honnêtes, est meilleur que ce à quoi on pourrait s’attendre d’un volume centré sur Vulkan. Mais la relecture, avec l’ensemble de la saga derrière soi, révèle les coutures et expose les limites d’une construction narrative qui finit par se contredire elle-même.

Le roman s’ouvre sur deux fils narratifs parallèles. D’un côté, Vulkan enchaîné sur le vaisseau de Curze, qui reprend connaissance après le carnage d’Isstvan V. De l’autre, une troupe hétéroclite, survivants Salamanders, humains, un serviteur mécanisé, qui tente de survivre dans un environnement hostile, pourchassée par un groupe de Word Bearers. Ces deux trames fonctionnent différemment et c’est dans leur contraste que réside une partie de l’intérêt du roman.

Le fil des Salamanders en terrain de guérilla est ce que le livre offre de mieux. L’atmosphère de désespoir contenu, la cohésion fragile de rescapés qui s’accrochent à leur mission sans trop savoir si elle a encore un sens, est rendue avec une vraie efficacité. Numeon, chef de facto de ce groupe brisé, est un personnage remarquablement tenu : sobre, solide, incarné sans être sur-écrit. Il porte la dignité de sa Légion sans jamais tomber dans la posture héroïque convenue. Les flash-backs sur Isstvan V renforcent cette trame : le débarquement des Salamanders, la tentative de rejoindre Ferrus Manus qui s’enfonce trop loin dans les lignes ennemies, la réalisation progressive de la trahison des Légions de renfort, tout cela est bien exécuté. L’émotion est palpable, ce qui est un tour de force pour des événements dont le lectorat connaît déjà l’issue.

La révélation de l’identité de John Grammaticus, dissimulé sous le nom de Caeren Sebaton depuis le début, est l’une des meilleures surprises du roman. Elle est cohérente avec ce que les lecteurs familiers du personnage savent de lui, et elle recadre rétrospectivement la tonalité de ses apparitions initiales. Malheureusement, Kyme ne parvient pas à capitaliser sur cette révélation. Grammaticus reste un personnage extérieur au récit, sans ancrage émotionnel réel. Quelques jurons dans son monologue intérieur ne remplacent pas une voix propre. Le personnage est complexe à écrire, et seul Dan Abnett a prouvé qu’il était possible de lui donner une réelle consistance. Ici, il traverse le roman comme un corps étranger utile à l’intrigue mais jamais pleinement habité.

Le gros problème du roman, et il est structurel, c’est la relation entre Vulkan et Curze. L’idée de départ n’est pas mauvaise : deux frères radicalement opposés, l’un incarnant la résistance stoïque, l’autre la cruauté nihiliste, enfermés dans une dynamique de tortionnaire à victime. On sent l’ambition d’un dialogue philosophique brutal, une confrontation de deux visions du monde irréconciliables. Dès le chapitre deux, le constat est posé sans détour : entre ces deux-là, le dialogue est impossible. Mais Kyme épuise son propre concept à force de répétition. Vulkan meurt, Vulkan ressuscite, Curze invente une nouvelle épreuve, et le cycle recommence. L’inspiration est clairement celle des films Saw (et elle n’est pas sans pertinence) mais l’accumulation de séquences similaires finit par neutraliser toute tension dramatique. La mort de Vulkan perd sa signification à mesure qu’elle se répète. Le labyrinthe de Perturabo, introduit comme cadre de l’épreuve finale, aurait pu briser ce cycle de façon mémorable. Il reste sous-exploité. Pire, l’épisode du rêve induit par les sorciers Davinites, un autre Primarque qui libère Vulkan, l’arène de gladiateurs, la confrontation entre frères, est une séquence qui fonctionne isolément, mais dont le retournement final casse une nouvelle fois la dynamique au lieu de la relancer.

Et puis il y a la fin. Elle concentre plusieurs problèmes en quelques pages. Le sacrifice des Salamanders au spatioport pour permettre la fuite de Numeon et John aurait pu être un moment fort. Il est court-circuité par une cascade d’événements qui s’annulent mutuellement : trahison, récupération de la fulgurite par Elias, intervention d’Erebus ex machina qui surgit par téléportation, tranche une gorge, récupère l’artefact, le rend à John et repart. La scène est absurde, surchargée, rythmée comme si l’auteur essayait de résoudre en accéléré des problèmes de continuité imposés de l’extérieur. Quant à la chute du roman, Vulkan en feu dans la stratosphère, destination non nommée mais évidente pour tout lecteur ayant terminé la saga, et une dernière ligne lapidaire annonçant sa mort. Elle relève d’une malhonnêteté narrative difficile à défendre. En 2013, la surprise pouvait produire un effet. En relisant l’ensemble, sachant ce qui suit, cette fin ressemble à une manipulation à vide, un jonglage avec les attentes du lectorat sans récompense narrative en retour.

Vulkan est vivant n’est pas un mauvais roman. Il est meilleur que son pitch, et certaines de ses pages ont une vraie valeur. Mais il porte les marques d’une construction inégale, d’un concept central essoufflé par l’abus, et d’une conclusion qui se ment à elle-même.

Les plus

  • Les flash-backs sur Isstvan V : intenses, émotionnels, bien construits.
  • L'atmosphère de guérilla des Légions Brisées, immersive et crédible.
  • Numeon, personnage secondaire solide et attachant.
  • La dynamique Vulkan/Curze, intéressante dans son concept de départ.
  • Un roman plus riche que son pitch ne le laissait supposer.

Les moins

  • La répétition des cycles mort/résurrection de Vulkan qui épuise la tension dramatique.
  • John Grammaticus, mal écrit, sans âme propre, en dehors des œuvres d'Abnett.
  • Le labyrinthe de Perturabo sous-exploité, la résolution de la confrontation expédiée.
  • La séquence finale au spatioport : incohérente, trop chargée, mal rythmée.
  • La dernière ligne du roman : une manipulation narrative creuse.
3/5

Un tome honnête dans ses ambitions, mais dont les défauts de construction et une fin intellectuellement malhonnête empêchent de le hisser au rang des grandes entrées de la saga.

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